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25.11.2006

Ma vie est loin de celle de ces femmes

Jeudi dernier, je me suis rendue aux Tours du Levant aux Andelys. Un rendez-vous pour rencontrer plusieurs femmes, discuter avec elles, de tout, de rien, de leurs envies, de leurs besoins.
Michèle m'attend dans la rue, histoire que je ne trompe pas d'adresse. Nous rentrons chez elle. Nous sommes trois. Dans le canapé, une grande femme de nationalité mauritanienne, mais d'orgine sénégalaise. Une grande et superbe femme, qui restera ici anonyme "pour ne pas attirer les jalousies". Pour plus de facilité, je l'appellerai Madame D. Accueil timide dans un premier temps de Mme D. Michèle nous propose café, thé, etc. Mme D. ne veut rien. Pourtant elle semble bien connaître Michèle, cette nana punchie qui veut se battre pour les femmes de son quartier.
Mme D. ne parle pas beaucoup. Elle écoute. Elle nous écoute parler peut-être un peu trop vite. Puis petit à petit se mèle, avec son accent venu d'un autre continent, à la conversation.
Michèle s'étonne que les autres femmes qu'elle a convié ne soient pas encore arrivées. Quelques coups de téléphone. Pour rien. L'une est absente, l'autre a oublié un important rendez-vous. Une troisième décroche. Je n'arrive pas à suivre le fil de la conversation...

On frappe à la porte. Avec insistance. Peut-être une retardataire... Non ! Un homme. Un grand africain qui semble dans une colère sans nom. Il parle dans sa langue... Evidemment tout m'échappe ! Mme D. se fait plus petite dans le canapé au fur et à mesure que les mots vociférants sortent de la bouche de cet être qui perturbe la douce ambiance qui règne chez Michèle... Il part en claquant la porte. Alors ? Mme D. nous explique : Michèle vient d'appeler sa femme pour lui rappeler notre réunion. Et SA femme n'a pas le droit de venir. Si elle ose aller contre sa décision, il l'a tappera. Si nous l'accueillons, il nous "coupera le cou"... Michèle enchaîne alors : "Tu vois, c'est ça la vie des femmes, ici... la vie des africaines ! Les européennes, nous sommes plutôt des mères célibataires, et on a d'autres problèmes... Je crois qu'aujourd'hui nous ne serons que toutes les trois. Mais c'est déjà ça !"

Il est loin le confort de ma maison. Elle est loin l'ambiance feutrée de mon bureau où je passe le plus clair de mon temps à râler pour la parité, assise seule face à mon ordinateur. Ma vie est loin de celle de ces femmes, mais je ne sais comment et pourquoi vous expliquer que leur sort me bouleverse. Je sais que je peux les aider. Je sais que l'on peut les aider.

Dès que j'aurai un instant, je vous en dirai plus sur leur quotidien, leurs espoirs... Car elles en ont de l'espoir, mais sont peut-être plus patientes que moi ! Peut-être qu'hommes et femmes qui ont la chance de lire ces lignes pourraient m'aider à construire ce projet de parité. Je n'entends pas par chance le fait que vous lisiez ma prose, mais simplement que vous ayez les moyens de lire, d'écrire, d'avoir accès à un ordinateur donc à un espace de culture et de liberté,  accès au bon côté des choses...

Commentaires

Juste un petit commentaire sur ce que tu as écrit sur les femmes des tours : tu me donnes l'impression d'une petite bourgeoise (lol!) qui vient de sortir de son cocon pour découvrir la dure réalité de la vie de ces femmes alors que ça fait un bail que c'est comme ça et que personne ne fait rien.

Comme tu dis on ne peut pas se battre pour la parité et oublier ces femmes, mais comment faire : a-t-on le droit de remettre en cause leur mode de vie, de chambouler leurs habitudes au nom de principes qui leur sont entièrement étrangers et que l'on peine à faire entendre en dehors même des banlieues.
Si l'on prend l'exemple du bon vieux principe patriarcale de l'autorité du mari sur son épouse et sur toute la famille. Pour toi c'est sans doute un principe vieillot et misogyne que tu pensais révolu, or c'est la réalité d'une bonne partie de ces femmes issues de l'immigration et c'est ce qui est à la base de leur vie.
Faire croire à ces femmes que sous le seul prétexte de vivre en France elles peuvent se détacher de cela c'est revenir sur ce qui est à la base de toute la structure familiale. Je crois qu'il faut se garder de tout angélisme et rester humbles : d'une part, les choses ne sont pas prêtes de changer du jour au lendemain, même si des changements sont perseptibles entre les générations, et d'autres part il ne faut pas croire que revenir sur ces principes patriarcaux soit une bonne chose qui résoudrait tous les problèmes.
Je crois qu'il faut se contenter (et c'est déjà énorme!) de penser le changement dans le cadre culturel de ces gens-là (quand je dis ces gens-là ça n'a rien de péjoratif) en prenant en compte le fait que ce cadre est différent de celui du reste des français.
Je crois que c'est se voiler la face que de dire que l'on est tous français et donc tous les mêmes et que la France c'est une seule République et les mêmes valeurs partagées par tous. C'est faux et c'est dangereux car s'interdire de penser la différence culturelle à l'intérieur de la société française c'est prendre le risque de mal définir les problèmes et comme on le sait, définir un problème c'est déjà construire sa solution, cela reviendrait à apporter des solutions qui ne seront ni applicables ni efficientes...

Ecrit par : chadia | 29.11.2006

A Chadia : Il n'est pas question d'acculturalisme. Mais d'aider parmi "ces" femmes celles qui veulent vivre avec un peu plus d'indépendance en leur donnant avant tout accès à la langue française et en les aidant à connaître les droits qu'elles ont tout comme toi et moi, pour ne pas être victime de discrimination.
Quant à mon côte petite bourg' je ne nie pas avoir découvert la vie de ces femmes au cours de mon périple dans la cité des Andelys. Ce n'était pas un de mes lieux de villégiatures - j'ai préféré la vallée d'Aspe :o) -. Maintenant que j'y suis allée, je vais y retourner pour ne pas lâcher mes deux nanas qui nourissent beaucoup d'espoirs dans le fait que je puisse les épauler sans pour autant couper Mme D. de sa culture. Elle doit donner à bouffer à dix personnes. Et veut arrêter d'avoir recours aux aides style secours catho. Alors pourquoi ne pas lui donner un coup de main et par là même aider les occidentales de la cité ?
Pas de soucis : je ne suis pas du tout vexée de tes remarques.

Ecrit par : Karin Tourmente-Leroux | 30.11.2006

les réaction a ton texte me fais sourire,le cote bourge me fais doublement sourire.je te remercie de penser a nous ,j'ai une bonne nouvelle les choses vont bouger dans cette cité avec c'est charmes et sa tristesse.
michèle

Ecrit par : michéle | 07.12.2007

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