Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

quartiers

  • Ma vie est loin de celle de ces femmes

    Jeudi dernier, je me suis rendue aux Tours du Levant aux Andelys. Un rendez-vous pour rencontrer plusieurs femmes, discuter avec elles, de tout, de rien, de leurs envies, de leurs besoins.
    Michèle m'attend dans la rue, histoire que je ne trompe pas d'adresse. Nous rentrons chez elle. Nous sommes trois. Dans le canapé, une grande femme de nationalité mauritanienne, mais d'orgine sénégalaise. Une grande et superbe femme, qui restera ici anonyme "pour ne pas attirer les jalousies". Pour plus de facilité, je l'appellerai Madame D. Accueil timide dans un premier temps de Mme D. Michèle nous propose café, thé, etc. Mme D. ne veut rien. Pourtant elle semble bien connaître Michèle, cette nana punchie qui veut se battre pour les femmes de son quartier.
    Mme D. ne parle pas beaucoup. Elle écoute. Elle nous écoute parler peut-être un peu trop vite. Puis petit à petit se mèle, avec son accent venu d'un autre continent, à la conversation.
    Michèle s'étonne que les autres femmes qu'elle a convié ne soient pas encore arrivées. Quelques coups de téléphone. Pour rien. L'une est absente, l'autre a oublié un important rendez-vous. Une troisième décroche. Je n'arrive pas à suivre le fil de la conversation...

    On frappe à la porte. Avec insistance. Peut-être une retardataire... Non ! Un homme. Un grand africain qui semble dans une colère sans nom. Il parle dans sa langue... Evidemment tout m'échappe ! Mme D. se fait plus petite dans le canapé au fur et à mesure que les mots vociférants sortent de la bouche de cet être qui perturbe la douce ambiance qui règne chez Michèle... Il part en claquant la porte. Alors ? Mme D. nous explique : Michèle vient d'appeler sa femme pour lui rappeler notre réunion. Et SA femme n'a pas le droit de venir. Si elle ose aller contre sa décision, il l'a tappera. Si nous l'accueillons, il nous "coupera le cou"... Michèle enchaîne alors : "Tu vois, c'est ça la vie des femmes, ici... la vie des africaines ! Les européennes, nous sommes plutôt des mères célibataires, et on a d'autres problèmes... Je crois qu'aujourd'hui nous ne serons que toutes les trois. Mais c'est déjà ça !"

    Il est loin le confort de ma maison. Elle est loin l'ambiance feutrée de mon bureau où je passe le plus clair de mon temps à râler pour la parité, assise seule face à mon ordinateur. Ma vie est loin de celle de ces femmes, mais je ne sais comment et pourquoi vous expliquer que leur sort me bouleverse. Je sais que je peux les aider. Je sais que l'on peut les aider.

    Dès que j'aurai un instant, je vous en dirai plus sur leur quotidien, leurs espoirs... Car elles en ont de l'espoir, mais sont peut-être plus patientes que moi ! Peut-être qu'hommes et femmes qui ont la chance de lire ces lignes pourraient m'aider à construire ce projet de parité. Je n'entends pas par chance le fait que vous lisiez ma prose, mais simplement que vous ayez les moyens de lire, d'écrire, d'avoir accès à un ordinateur donc à un espace de culture et de liberté,  accès au bon côté des choses...